Bénédicte à la campagne...

04 mars 2015

Une saison à écrire

Photos Béné 029

Je vous quitte à l’automne l’année dernière et vous retrouve en ce début de printemps.

Nous voilà d’attaque pour la saison 3 – comme House of Cards ! Je ne vous promets pas intrigues, manipulations ou trahisons…plutôt de belles récoltes, de l’inspiration, du partage et de bons produits !

À chaque fois que je reprends la « plume électronique », j’oscille entre l’envie de vous faire partager notre enthousiasme à avancer dans notre projet et la colère, voire même parfois l’effarement devant les défis de notre société et de son modèle usé jusqu’à la corde qui continue à bénéficier à quelques-uns au détriment de tous les autres.

Il y aura un peu des deux…on ne se refait pas. Alors commençons par le projet, la terre, les légumes, la vie à la campagne.

1er mars, début du printemps météorologique. Petit à petit, les graines vont sortir de leur dormance, le voile gris de l’hiver va se lever pour laisser place à ce frémissement vert tendre tant attendu.

La nature nous rappelle que tout est cycle, nait, vit et meurt pour recommencer l’année d’après.

Un début de saison, c’est beaucoup d’excitation, d’impatience, d’envies après l’hiver, de fouler à nouveau le sol, de reprendre contact avec sa terre.

Ce sont aussi les leçons des saisons passées, les améliorations – outils, aménagements, solutions ergonomiques pour ménager le dos, essais sur des nouvelles techniques de semis, autres choix dans les variétés de légumes. On observe l’espace en s’y intégrant et puis, l’intuition fait le reste.

Une nouvelle saison, c’est encore chaque fois de grandes incertitudes sur le climat, cette variable sur laquelle nous avons si peu de prise. Rien n’est acquis, écrit…un des charmes du métier.

En 2015, nous sommes plus que jamais engagés dans cette démarche, malgré les vents contraires, les esprits chagrins, les signes d’en haut si peu encourageants. Et Dieu sait si ses vents soufflent fort, si les politiques, forts de s’acoquiner avec des représentants de la  permaculture, de l’agroforesterie – ça fait chic, peu importe qu’ils comprennent ou non ces approches et leurs enjeux -  continuent à faire le jeu des poids lourds de l’agriculture industrielle qui ne vit, rappelons-le, que grâce aux subsides.

Retirez les subsides de la PAC à l’agriculture industrielle et elle s’écroule comme un château de cartes (c’est le lien avec House of Cards, pour ceux qui lisent avec attention …un peu d’humour pour ne pas trop désespérer…).

Le prix d’une alimentation bon marché, d’un secteur agro-industriel et agro-alimentaire tout puissants, c’est le maintien de l’activité agricole totalement sous perfusion. La mondialisation de l’agriculture décidée lors des accords de Bretton Woods a été l'une des plus grosses erreurs de l’après-guerre. Nous en payons le prix tous les jours, et encore pour très longtemps, en Europe, en Afrique, partout.

Tout ça, nous le savons et cela ne nous empêche pas de creuser encore notre sillon, de faire de la pédagogie auprès des citoyens, des voisins, dans les villages, sur les marchés, parce que les anciens, les mythes et les croyances sont tenaces dans les campagnes.. Et malgré tout, les gens vont quand même au supermarché acheter des légumes importés d’Argentine, de Chine ou d’Espagne. Le pot de terre contre le pot de fer.

Notre engagement concret trouve son énergie et sa force dans la soif de retrouver une liberté d’action et de choix, une forme d’humanisme dans les objectifs que nous poursuivons, un souhait de vivre simplement dans les limites de ce que nous pouvons faire. La juste mesure, question d'équilibre.

Sans changement de cap significatif, point de salut. Je crois qu’il est plus que temps de se poser les bonnes questions : dans quel monde souhaitons-nous vivre ? Voulons-nous vraiment poursuivre l’ « Ikeaïsation », l’ « Amazonisation »  de notre société ?  Et que pouvons-nous faire pour ne plus y contribuer ?

Pour nous, la réponse est claire depuis longtemps.

Au pays du surréalisme, Magritte aurait dit « ceci n’est pas une crise ».

Les grues reviennent, les camélias fleurissent, les premières pâquerettes éclosent.

En avant pour une nouvelle saison !

 

 

 

 

 

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01 septembre 2014

Je cultive donc je pense..

_MG_6872Me voilà de retour des jardins. Bénédicte n'est plus que jamais à la campagne, rassurez-vous. Je vous avais laissés il y a maintenant près de 6 mois alors que nous venions d'installer le tunnel. 6 mois, 2 saisons complètes de maraichage...et quelles saisons !

Tenir un blog de façon régulière et pratiquer une activité de maraichage relèvent du défi. Combien de fois n'ai-je pas eu envie d'écrire sur un sujet ou l'autre au cours de toutes ces semaines. Et puis, hop...on est pris dans le tourbillon des multiples tâches et on se retrouve le 1er septembre sans même qu'on s'en aperçoive.

Ceci étant dit, je le prends aujourd'hui, ce temps qui m'a fait défaut. Une petite pause dans la vie de maraichère si intense et riche, physiquement et aussi, quoi qu'on dise, intellectuellement. Comment ça? On peut cultiver des tomates, désherber pendant des heures, récolter des kilos et des kilos de pommes de terre et réfléchir en même temps. Je suis même convaincue que le "travail" de la terre, le contact avec la nature stimulent l'intellect et libèrent l'esprit, lequel esprit se trouve dégagé de toute pensée toxique. 

J'ai quitté ce que d'aucuns considèrent comme une activité intellectuelle - un travail de bureau s'entend - pour mettre les mains dans la terre et les pieds dans la boue. Bref, une activité manuelle qui vous noircit les ongles, tanne la peau et développe les muscles.

Vaine opposition et dichotomie aussi limitative que réductrice. Je n'ai jamais autant travaillé physiquement et en même temps, eu l'occasion de réfléchir à un tas de choses parce que justement, cultiver son jardin et en faire son activité principale vous interpellent sur le modèle de notre société qui ne tient plus debout, le système agricole dominant qui crée la faim plutôt que de la combattre, le gaspillage alimentaire, véritable scandale à tous les étages, la malbouffe ou comme je l'ai lu récemment, la camelote alimentaire qu'on nous sert chaque jour, le pillage et le vol de terres par des investisseurs financiers avides de rentabilité, le futur et très proche Traîté Transatlantique US-UE qui changera le contenu de nos assiettes, qu'on le veuille ou non, le bio industriel italien ou espagnol qui n'a de bio que le nom et qui envahit les grandes surfaces, les dites grandes surfaces le préférant aux produits bios locaux, la doxa dominante croissance-emploi-consommation-bonheur qui n'est qu'un gros mensonge auquel même les politiques ne croient plus. 

Pas un jour où, en tant que productrice alimentaire, je ne songe à tout cela et en même temps, même si la colère est là, je me dis à quel point j'ai la chance et la liberté de pouvoir exercer ce métier (presque) comme je l'entends. Je dis 'presque' parce que oui, il y a les exigences de la certification bio, la SAFER et la PAC qui protègent les "gros" agriculteurs, le débat autour de l'utilisation de ses propres semences. Malgré tout, il y a, et c'est encourageant, de plus en plus de "petits" qui y croient, qui luttent, qui veulent à tout prix garder leur indépendance...la forêt qui pousse.

Et le maraichage proprement dit me direz-vous? Les récoltes, le climat, les ravageurs, les maladies, les méthodes de culture, les associations de légumes?

Je pourrais vous parler par exemple des bienfaits de la grelinette ou du paillage, des attaques de mildiou, des purins d'ortie, prêle et autre consoude, des variétés de tomates, des altises ou de la mineuse du poireau, etc... Tout cela fait partie de mon quotidien de maraichère, bien sûr, et je remercie tous ceux et celles - Ferme Ste Marthe, Jean-Martin Fortier, Robert Morez, la Ferme du Bec Hellouin - qui partagent leur savoir, leur expérience avec beaucoup de générosité. Ils me sont indispensables dans la conduite du projet et dans les progrès à réaliser.

Au-delà de ces aspects techniques, il y a aussi toutes les joies, la liberté et l'énergie que procure la pratique du maraichage.

Joie de récolter après les semis, humilité devant les éléments et la puissance de la nature, énergie procurée par le contact avec la terre. Beaucoup d'agriculteurs, de paysans, de viticulteurs vous le diront: nous nous penchons sur la terre par soumission et aussi surtout par respect de tout ce qu'elle apporte.

Et puis, le maraichage crée des liens, avec les clients qui découvrent de nouveaux légumes près de chez eux - le fameux kale ! -, avec de futurs maraichers qui souhaitent se lancer et qui sont prêts à nous aider, avec des professionnels de la cuisine qui complimentent vos produits. 

J'oubliais: le chemin vers l'autonomie alimentaire. Du champ à l'assiette. Littéralement. Un vrai bonheur !

Voilà. Bonne rentrée à tout le monde puisque c'est dans l'air du temps et à bientôt.

Pour le plaisir, quelques photos de la saison:

Plants de tomate

Tomates fraîchement plantées avec leur tuteur en corde

Deux mois plus tard

Jeunes poireaux avant le repiquage

Les Jardins du Maine

Betteraves Chioggia

Capucines et salade du jardin...on mange aussi avec les yeux

Les légumes ont du nez...tomate Cyrano?

 

Note: par rapport à tous ces sujets de notre société qui bouge, je vous recommande vivement le site de documentaires Preuves Par Images http://preuves-par-images.fr/#. Décapant.

 

 

 

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12 mars 2014

Aux Légumes Citoyens - Saison 2

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De retour à la campagne après plus de trois mois passés à la ville.

Ce qui frappe, c’est l’espace, la densité de l’air, le silence, le regard qui porte toujours plus loin, au-delà des arbres qui sont encore dépourvus de feuilles, comme si l’horizon s’était déplacé pendant notre absence.

Contente de retrouver la terre, de se ré-enraciner. La dormance et l’hibernation sont bien entendu indispensables parce qu’elles mènent à la réflexion, à une prise de distance et au recul nécessaires après des mois de « faire ».

Pendant ces trois mois, beaucoup de lectures, pensées, constats, échanges et discussions ont eu lieu autour d’une multitude de sujets liés à l’alimentation, la malbouffe, l’agriculture, les changements de parcours  et de façon plus large, la marche du monde.

Ce fut aussi l’occasion pour moi de partager avec mon entourage l’expérience de ce changement de vie. Est-ce que ça me plaît ? Pas de regret ? Est-ce rentable ? Le « modèle » peut-il être appliqué au plus grand nombre ? Etc…

Je ne me pose pas toutes ces questions. Je sais juste que c’est cela que je veux faire aujourd’hui, que j’ai l’intuition et une sorte de conviction que c’est une voie possible.

Susan George, en conclusion de son excellent livre « Leurs crises, nos solutions » exprime au mieux mon état d'esprit:

« …Je sais que je ne peux prédire ni savoir aujourd’hui – je ne le saurai probablement jamais – ce que peut être l’impact de mes actes. Peut-être n’en auront-ils aucun. On peut faire tous ses efforts pour ne pas laisser le monde dans l’état où on l’a trouvé en arrivant et n’avoir, malgré tout, aucune garantie de succès. C’est pourquoi je ne réponds jamais à la question : «êtes-vous optimiste ou pessimiste » ? Je ne suis ni l’un ni l’autre. Je ne connais pas l’avenir. Mais j’ai bon espoir, et je crois fermement que mon espoir n’est pas une question de foi. La foi peut réconforter, mais elle peut reposer sur l’illusion, l’irrationnel et l’impossible. Je préfère parler le langage de la raison, du sens et du possible et me dire : je pourrais écrire quelque chose ou toucher quelqu’un avec une idée ; je pourrais faire quelque chose, ou donner à d’autres envie d’agir à leur façon ; je pourrais être le grain de sable insignifiant mais crucial qui provoque la reconfiguration du système dans un ordre plus sain, plus vert, plus juste, plus civilisé et plus humain… ».

Le "grain de sable" me va bien...

La saison s'annonce

Et en parlant d’actes, quel programme pour cette année 2014 ?

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Dans les grandes lignes :

L’installation d’un tunnel maraicher de 150 m² va modifier la donne pour ce qui est de la culture des légumes d’été : poivrons, aubergines, tomates, concombres seront au sec et au chaud.

Côté surface, on intensifie ce qui a déjà été cultivé – semis plus denses, meilleure succession des cultures, prolongation de la saisonnalité -, ce qui devrait permettre de produire beaucoup plus sur la même surface.

En ce qui concerne la commercialisation, outre les particuliers, restaurants, épiceries et maisons de producteurs déjà clients l’année dernière, les légumes seront vendus également à la restauration collective via l’antenne Périgord Vert de la plate-forme Isle Mange Bio. Je compte également rejoindre une « Ruche qui dit oui ».

Et puis des idées et des projets pour l'été: table d'hôtes dans les jardins ou encore participation à des marchés festifs...

Voilà. Les bottes sont à nouveau chaussées, les doigts et les ongles couverts de terre, la grelinette dans les « sillons blocks » et les mauvaises herbes (trop) nombreuses !

Je retourne dans mes jardins.

A très bientôt.

 

 

 

 

13 décembre 2013

Bilan de campagne

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Repos.  La terre et la maraichère se reposent quelque temps après une première saison bien remplie. L’hiver en ville, pour quelques semaines, plus près de la rumeur du monde, de l’agitation, du bruit…

Vous l’aurez constaté, depuis le dernier billet, le temps m’a manqué pour alimenter le blog de nouvelles réflexions.  Je vais tenter de me rattraper quelque peu.

J’aime la vie à la campagne, l’espace, l’horizon lointain, la force et l’énergie que procure cet environnement. Elle me convient par son souffle, la liberté qu’elle inspire et la perception qu’on y a du temps qui passe.

Le projet de maraichage bio dans lequel nous nous sommes lancés est au carrefour d’un ensemble de motivations et d’envies.

Tout d’abord, celle de vivre mieux, différemment, plus simplement en se désaliénant de toutes ces choses que nous croyons être essentielles à notre bonheur et notre équilibre.

Il y a aussi la volonté de se replacer au cœur même de la nature, de se mettre à son rythme.

Après ces premiers mois, je réalise à quel point devenir paysan(ne) va bien au-delà  du travail de la terre et de la production de légumes.

Le travail est physique, certes – nul besoin de vous rappeler que la terre est basse – et en même temps, avoir les mains plongées dans la terre et le visage au vent libèrent la pensée et développent la créativité. Comme si l’attention apportée à la terre nous vidait l’esprit de pensées toxiques pour laisser place à une activité cérébrale constructive. Une sorte de méditation active.

Logo ALC

Bien sûr, notre démarche s’inscrit dans une réelle action de changement. Changement de soi pour changer le monde.

Pour partager notre projet et ses valeurs, nous avons créé une association « Aux Légumes Citoyens » dont le site, créé par Le Centre Créatif du Coin, est à la fois le support de l’activité de maraichage bio proprement dite et de la vente de légumes et aussi une fenêtre ouverte sur un monde qui change, une prise de conscience et la volonté de construire autre chose.

Je me permets ici de partager avec vous quelques extraits d’un papier paru dans "24800", un magazine publié par ce même Centre Créatif du Coin.

« Aux légumes citoyens fait penser immanquablement au slogan d’une époque où valeurs, idées et progrès ont donné naissance à une société différente. Mais ce ”Aux légumes citoyens” là, évoque à la fois, la force d’une revendication; la légèreté et l’humour nécessaires afin de prendre en main de nouvelles pratiques alimentaires. L’idée d’aborder la production en maraîchage bio n’est plus une idée en l’air. C’est une idée effective dans l’air du temps, dans les médias et dans les cartons des politiques qui commence à s’enraciner fortement dans les esprits et dans la manière de produire et de consommer différemment les produits que l’on mange au quotidien. Si à une époque pas si lointaine ces nouvelles pratiques de cultures respectueuses des sols et des saisons faisaient sourire, c’est une autre réalité qui se fait jour avec l’installation de plus en plus importante de ces nouveaux paysans dans le sens noble du terme. Il ne s’agit pas de reprendre une longue tradition d’agriculture ou d’élevage de père en fils mais bien d’une prise de conscience de nombreux citadins ou d’anciens agriculteurs convaincus de la nécessité de changer, ce qui va devenir vital pour notre planète, en changeant radicalement d’attitude et d’habitude de consommation. C’est de ce constat qu’est née la nouvelle aventure entreprise par Bénédicte soutenue par son mari Bernard. Bénédicte Delloye, originaire de Bruxelles après avoir été consultante de nombreuses années auprès d’importantes sociétés ou d’institutions sur les problèmes environnementaux a décidé de franchir le pas en se créant les conditions d’une nouvelle vie avec un enjeu majeur: mieux nourrir ses contemporains. A une échelle modeste certes pour ses débuts, elle n’a pas envisagé un seul instant ce retour à la nature et à la terre de façon cool en référence aux années 70. C’est par le biais d’une formation intensive à la ferme Ste Marthe en Sologne, de l’acquisition d’un bien immobilier et de quelques hectares que Bénédicte compte produire ces prochaines années un volume conséquent de légumes bio. Remettre au goût du jour des légumes anciens ou oubliés, planifier strictement ses plantations, le tout accompagné de pratiques anciennes mises au placard par la génération de paysans d’après-guerre formatés à la modernité de l’époque (cuisine formica+pesticides issus des stocks de l’armée américaine+gros tracteurs provenant des usines d’armement) ou par la mise en pratique de techniques inventées ou réinventées par les pionniers de l’agriculture bio (Pierre Rabhi, Philippe Desbrosses, Lydia et Claude Bourguignon, M. Antoniets en Ukraine...). Le pari est de taille, vivre de sa production et mieux faire vivre les autres. Voilà qui est un acte véritablement citoyen car ces légumes produits dans le respect d’un équilibre donnent tout son sens à la responsabilité que l’on a vis à vis des autres et de leur santé. Pour Bénédicte et tant d’autres la tâche est importante puisqu’elle détermine cette activité comme un véritable acte politique revendiqué et assumé ».

Acte politique revendiqué et assumé. Complètement, oui…

Bernard et moi sommes donc engagés dans une forme de résistance, pour mieux préparer l’avenir, pour échapper au mensonge permanent instillé par les médias, les politiques, les lobbys,  pour retrouver une autonomie et une liberté volées chaque jour un peu plus par la main mise des multinationales de l’agroalimentaire.

Je voudrais conclure ici ce billet par quelques mots de Philippe Desbrosses suite à l’annonce du retrait de l’étude du Professeur Séralini sur la toxicité des OGM :

« …Ce monde de la science, annexé par un pouvoir occulte, nous ramène aux heures noires  de l'obscurantisme moyenâgeux, qui martyrisait les peuples,  sous l'inquisition, pour une poignée de tyrans qui gouvernaient au nom de Dieu ! Le Dieu d'aujourd'hui est le $ et l'€. QUE FAIRE ?  Il faut semer les graines de la liberté sur toute la terre, chaque citoyen du monde doit s'ingénier à faire barrage à cette monstruosité, en semant partout les "graines interdites". Elles submergeront ce monde du mensonge, de la corruption et de la cupidité...

Que chacun se donne le rôle et les moyens qu'il peut engager, là où il se trouve.

 Il n'y a pas de chef, donc pas de cible à décapiter, nous sommes tous ensemble comme un seul être. Notre petite part de Colibri associée à toutes les autres dans un formidable élan de solidarité, constitue une force irrépressible… »

 

Note : Je vous invite à consulter le site de l’association à l’adresse : www.auxlegumescitoyens.com

 


 

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24 mai 2013

Cette année-ci, la Toussaint tombe en Mai..

Non sans conséquences sur le maraichage...

Il paraît que plus de 80% des conversations aujourd’hui tournent autour du temps maussade de ce mois de Mai 2013…Je ne vais pas déroger à ce constat d’autant plus que, quand on démarre une activité de maraichage, on a un œil constamment rivé sur le thermomètre, un autre sur le ciel et on surveille ses semis et ses jeunes plants comme le lait sur le feu…

Commençons par l’état du sol: il est froid, détrempé, collant avec de bonnes semelles de labour…Seules les mauvaises herbes poussent plus qu’il ne faudrait et les limaces sont à la fête. Aucun légume n’aurait vraiment envie de pousser dans de telles conditions et je les comprends.

Ensuite, la production elle-même. Les plants sont à la peine et finissent par se demander si leur cycle n’est pas sur le point de se terminer. Résultat : ils montent en graines avant même d’avoir donné de beaux légumes.

On zappe donc la case « production ». Pourquoi ?

En résumé, toutes les plantes potagères ont une horloge interne. La graine germe, le plant pousse, se développe, produit des légumes, des fruits. Elle se reproduit et meurt selon un cycle qui lui est propre et en fonction de conditions de température, d’ensoleillement, d’hygrométrie. Là, comme il fait froid, humide et sombre depuis de trop nombreux jours, elles pensent qu’on est en fin de saison et se reproduisent avant « l’hiver » en fleurissant pour donner des graines. C’est ce qu’on appelle la montaison précoce. Les légumes, ou en tout cas ce qui aura déjà commencé à pousser, deviennent impropres à la consommation.

RIP les tomates…

Nous sommes le 24 mai…et des gelées blanches ont eu raison d’environ 80% des plants de tomates, soit 120 plants sur 150.

Transplantés après les saints de glace comme recommandé par les anciens, les bouquins, les gens du métier depuis des siècles, ils ont été soumis à plus de 45 mm de pluie en 8 jours, des températures ne dépassant pas 15°C en journée – plutôt 10/11°C en moyenne - et un vent d’ouest parfois bien soutenu. Les gelées blanches de cette nuit ont fini de compléter ce régime hostile à tout début de croissance favorable et tout espoir d’une fructification normale.  

Ci-dessous, avant, un plant fraîchement planté au sortir de la serre…et après 10 jours de ce temps pourri, ce matin..Sans commentaire...

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Au vu des prévisions, les 20% restants risquent eux aussi d’y passer..sans parler des plants de concombres, de courgettes, de potirons qui attendent dans la serre et qui commencent à se sentir bien à l'étroit.

Sinon, juste pour vous faire une idée, voilà à quoi ressemblait le jardin il y a deux jours. Brumeux, diffus sous une humidité omniprésente depuis des jours et des jours. Pas plus de 9°C.. 

Aujourd'hui, souffle un vent du Nord digne de la mer du même nom…

 

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Je vous rappelle que nous sommes fin Mai dans le Périgord, région au SUD-Ouest de la France..

Quelles leçons tirer de tout cela ?

J’ai lu il y a quelques jours dans un forum une ineptie du genre « avec ce froid, on voit bien que le réchauffement climatique est la plus grosse arnaque du siècle, que les écolos sont des menteurs, et combien d’emplois perdus et d’argent gaspillé, bla, bla, bla… ». Bref, je passe.

Il y a un « changement climatique » dans nos régions qu’on ne peut pas nier, que beaucoup d'entre nous je pense, perçoivent et ressentent et qui est vraisemblablement la conséquence du « réchauffement climatique » aux pôles. Même si l’on n’a pas encore assez de recul pour tirer des conclusions définitives, en observant, en écoutant les anciens, en se remémorant ses propres souvenirs, oui, les hivers depuis plusieurs années sont froids, longs et neigeux ; oui, les printemps,dans cette partie ouest de l’Europe, sont eux aussi plus froids et plus humides qu’avant .

Et peu importe l’origine du changement, anthropique ou naturel, il faudra, je pense, nous adapter.

Et surtout, avoir la sagesse d’accepter que la nature nous dicte ses règles.

D’un point de vue plus personnel, c’est évidemment décourageant...déjà beaucoup de temps, de soins apportés, d’heures de travail, d’espoirs réduits à quasi rien…et pour une première année, il faut avoir une sacrée dose d’optimisme et un bon moral pour ne pas baisser les bras...

 

 

 

 

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11 mai 2013

Les légumes citoyens

 

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Déjà 6 semaines d'installation à la campagne...Il est grand temps de partager avec vous impressions, réflexions et réalités sur ce qu'on peut appeler un changement de vie, une nouvelle page à écrire ou encore la transition vers "une autre monde".

Un monde autrement, où le temps ne passe pas de la même façon, où l’intériorité reprend quelque peu le pas sur l’oubli de soi causé par les tracas du boulot et le stress de la ville, où l’on apprend à se débrouiller, à faire soi-même, à consommer moins, à être créatif, à prendre le temps pour tout. 

 

La campagne, ses attraits, ses mythes, les peurs aussi qu’elle peut engendrer – solitude, isolement, intégration, rencontres parfois choc entre les cultures du terroir, les anciens et nous les néoruraux, tout cela, j’ai déjà eu l’occasion de les expérimenter. Et pourtant, rien n’est tout à fait vrai.

 

La campagne en 2013 ne doit pas trop ressembler à celle de 1950. Aujourd’hui, campagne rime avec modernité, ouverture sur le monde, diversité des nationalités, échanges, envie de créer des réseaux, des collectifs. Comme si ici, l’univers des possibles prenait une autre dimension. 

 

Les journées sont trop courtes pour mettre en place le projet qui nous tient à cœur : créer une association (c'est sur le point d'être fait) pour promouvoir le maraichage éthique, revaloriser ce métier aux yeux du consommateur en lui expliquant que même si, oui, c’est un peu plus cher que d’aller au supermarché – et encore, mais c’est un autre débat – acheter des produits locaux, qui respectent et l’environnement et l’homme – est un meilleur investissement sur le long terme.

 

Pour ce faire, rien de mieux que de démontrer par l’action. La production maraichère que nous mettons en place et que nous vendrons sera le support de notre message et la voie vers une activité davantage commerciale à plus long terme.

 

La demande est là, il y a des attentes, même en zone rurale, pour des produits locaux. Seulement, les consommateurs et les producteurs ne se connaissent pas bien. Ces derniers ne sont pas (encore) suffisamment représentés dans la restauration collective, dans les restaurants et même sur les marchés ! Pas un seul vrai maraicher certifié bio sur le marché de Thiviers, le bourg le plus proche de notre ferme. Par contre, 5 ou 6 étals de fruits et légumes de production conventionnelle venant d’Espagne, du Maroc, d’Italie..Il y a de quoi se poser des questions.

Bénédicte et les jardins

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Mais revenons au concret : la terre est basse, c’est moi qui vous le dis ! Pour cette première année, c’est environ 1000 m² de culture de, en vrac, laitues (3-4 sortes), tomates (une dizaine de variétés), concombres, courgettes (4 variétés), potirons et potimarrons (3 variétés) et des herbes aromatiques. Pas mal pour un début…et c’est du boulot…Mise à part la préparation des parcelles où Berta, la charrue rotative nous a donné un fameux coup de main, tout le reste, c’est grelinette, cultivateur sur roue, binette, houe et griffe…et huile de coude. Après ça, vous avez du muscle, c’est garanti… !

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Seulement, les dieux de la météo ne sont décidément pas de la partie – il paraît que c’était déjà le cas en 2012 -. Fraîcheur, déficit de soleil…ça pousse mais bon, faut pas trop les pousser non plus ! Vivement l'été, la chaleur et que les jardins soient bien garnis...

 

Pour terminer,le début de l’expérience est riche, très équilibrant avec un sentiment d’être dans le juste, de préparer un avenir un peu plus harmonieux, respectueux du vivant, de tout le vivant…Et même si le vent emporte la serre et les semis, même si les taupins dégustent les jeunes pousses de laitues, le découragement n’est pas de mise, bien au contraire..On se dit que la nature est là pour nous rappeler une certaine humilité. C'est bien là une des raisons de ce choix de vie...

 

PS : Parce qu’il m’accompagne pendant les pauses « lecture », j’ai très envie de vous recommander la lecture de  « La Décroissance, le journal de la joie de vivre » édité par les « Casseurs de Pub, la revue de l’environnement mental ». Un condensé mensuel de 16 pages d’idées décapantes, dérangeantes pour certains mais tellement sain et revigorant pour l’esprit et la réflexion sur notre monde actuel, ses dérives et ses contradictions, l’aliénation au boulot et à la société de consommation,  16 pages sans pub – évidemment -, sans aucune volonté de faire joli et d’attirer le lecteur...Et pourtant, ils vont sortir leur numéro 100 à la fin du mois. A lire sans attendre…

PS2 : si quelqu’un a un truc pour enlever les traces de terre dans les plis et les rides de la peau des mains, je suis preneuse !

15 février 2013

L'arbre qui pousse...

Un an ! Voilà un an que j’ai commencé ce blog pour partager avec vous mon parcours de la ville à la campagne. Et Dieu, qu’est-ce que ça passe vite, une année !

Depuis mon stage à Sainte-Marthe, l’appel de la campagne et de la terre ne m’a plus quittée.

Les questions sur le moment, la forme, l’approche, le type de maraichage se sont bousculées et ont initié une longue réflexion, qui heureusement, ont abouti à des réponses concrètes.

Alors voilà. Je me lance ! Fin mars, je quitterai Bruxelles pour aller m’installer dans notre ferme à Saint-Sulpice d’Excideuil et devenir « jardinière-maraichère ».

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Le projet ? Préparer et cultiver en 2013 une parcelle relativement petite –environ 25 ares - pour         évoluer progressivement vers environ 1ha d’ici 2 à 3 ans.

Il faut du temps pour découvrir sa terre, l’apprivoiser, connaitre ce qui est bon pour elle.

C’est la découverte de Jean-Martin Fortier, jardinier-maraicher au Québec à la tête des Jardins de la             Grelinette qui m’a éclairée sur le choix d’un maraichage à taille humaine. Il vient de publier un bouquin extraordinaire, un manuel pratique d’agriculture biologique sur petite surface où il démontre qu’une micro-ferme de moins d’un hectare peut être une entreprise rentable et productive.

Et depuis, tout se met en place : description du projet, emplacement et  organisation des jardins, plan de semis et prévisionnel de cultures, investissements à réaliser la première année, équipement, outillage, contacts avec les principaux acteurs bio du Périgord, rencontres avec des maraichers pour les écouter et tirer parti de leur expérience.

Le projet peut paraitre fou, risqué aux yeux de certains pour un tas de bonnes ou de moins bonnes raisons. Je répondrais à cela qu’il me semble tout naturel, à moi, aujourd’hui, de vouloir (re)devenir paysan, de sentir le besoin et l'envie de se reconnecter à la Terre. 

La motivation, la passion et surtout le soutien de mon mari me donnent une énergie incroyable qui me fait croire à sa réussite.

Nous avons eu la chance ces derniers mois d’assister à des conférences, des colloques et d’écouter des gens qui ont fait ce choix, qui ont initié cette transition vers le monde d’après, qui réfléchissent et agissent vers d’autres modèles de vie, de société, d'autres types d’échanges.

Nous en sortons souvent avec cette même idée, ce constat récurrent : les doxas dominantes entretenues principalement par les médias verrouillent toute possibilité de « vrai » changement. A nous d'inventer, de créer autre chose. La créativité, l'énergie et la volonté sont des ressources inépuisables et permettent de faire de "grandes" choses.

C’est cette envie de rejoindre la forêt qui pousse et de ne plus écouter les arbres qui tombent qui nous encouragent à être acteur de plein exercice et de pleine conscience.

Pour terminer, je citerais Philinte dans le Misanthrope - merci au passage à Fabrice Luchini dans Alsceste à Bicyclette pour avoir partager ce texte de Molière si actuel - :

"...Et c' est une folie à nulle autre seconde
de vouloir se mêler de corriger le monde..."

A bientôt.

Bénédicte

PS : Ah oui…si vous trouvez un nom original pour mon activité de maraichage, je suis preneuse. Vos suggestions et idées sont les bienvenues. Je vous invite à les poster ici sur ce blog.

Merci !

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04 décembre 2012

A lire et à voir

Décembre 2012

A la liste initiale commencée en Mars 2012, s'ajoutent de nouvelles références et découvertes de ces derniers mois.

 

Tous au Larzac

Commençons par le film, "Tous au Larzac" de Christian Rouaud. Le récit d'un combat de plus de 10 ans par des "vrais" gens, passionnés, déterminés, émouvants et drôles et mus par une énergie et une solidarité qu'on dirait inépuisables. La terre, les brebis contre l'armée, déclarée elle, au travers du projet d'extension du camp militaire du Larzac, d'utilité publique. Et comme disaient les politiques de l'époque, ce ne sont "que quelques agriculteurs" et de toute façon, les terres du Larzac ne sont pas suffisamment rentables...

Belle leçon de vie et belle victoire de David contre Goliath. On se prend à rêver à d'autres "Larzac" pour combattre le cynisme et la cupidité des grands et l'autisme politique. A voir, bien évidemment !

 

 

 

Susan GeorgeEnsuite, un livre qui attendait depuis 2 ans dans ma bibliothèque et que j'ai enfin pris le temps de lire : "Leurs crises, nos solutions" de Susan George. Un vrai précis d'intelligence, de lecture "juste" du monde actuel et du modèle finissant que nous connaissons. Elle décrit avec beaucoup de clarté et de lucidité les murs qui nous enferment et les voies de sortie, les solutions pour aller vers un "autre" monde. Que c'est enthousiasmant de partager cette vision et cette énergie quand on songe que Susan George a 88 ans. Sagesse, indignation et aussi une certaine forme d'optimisme, ça fait du bien. 

A suivre...

Mars 2012

Outre mes bottes et une paire de gants de jardinage, j’ai également emmené dans mes bagages une série de bouquins déjà lus ou à lire pendant la formation. Je les recommande, certains pour leur vision de ce qu'est l'agriculture d'aujourd'hui, d'autres pour leur sagesse ou encore leur richesse d'informations.

Quelques-uns de ceux qui m’ont accompagnée dans ma réflexion

  Nous redeviendrons paysans, Phlippe Desbrosses aux Editions Alphée – Jean-Paul Bertrand

  Vers la sobriété heureuse, Pierre Rabhi

Détails sur le produitChanger le monde, tout un programme !, Jean-Marc Jancovici aux Editions Calmann-Lévy


Détails sur le produit
Le Bio : qu’y a-t-il (vraiment) dans votre assiette ? Idées reçues sur l’agriculture biologique,
Michel Guglielmi et Christophe David aux Editions Le Cavalier Bleu

Les pratiques et plein d’infos

Détails sur le produitL’ABC du potager bio, Rosenn Le Page aux Editions Rustica

Détails sur le produitManger local – S’approvisionner et produire ensemble, Lionel Astruc et Cécile Cros aux Editions Domaine du possible Actes Sud

Ceux encore à lire

Détails sur le produitComment nourrir le monde ? Essai collectif aux Editions de l’Aube

Détails sur le produitLe livre noir de l’agriculture– Comment on assassine nos paysans, notre santé et l’environnement, Isabelle Saporta dans la Collection Pluriel

Détails sur le produitLe sol, la terre et les champs – Pour retrouve une agriculture saine – Claude et Lydia Bourguignon aux Editions Sang de la Terre

Et encore plein, plein d'autres. Je mettrai la liste à jour au fur et à mesure de la formation avec de nouvelles références.

 

Et puis, il y a bien sûr tous ces films qui illustrent les dégâts de l’industrie agro-alimentaire et de l’agriculture intensive telle qu’on la pratique depuis plus de 60 ans et leur impact sur la santé et l’alimentation. Derrière les scandales que ces films dénoncent, il y a toujours des solutions, de l'espoir et des gens qui se lèvent et agissent pour expliquer, faire prendre conscience qu'autre chose est possible. A voir ou à revoir :

 

Détails sur le produitSolutions locales pour un désordre global de Coline Serreau

 

Détails sur le produitNos enfants nous accuseront de Jean-Paul Jaud

Détails sur le produitWe feed the world d'Erwin Wagenhofer

 

 Love Meat Tender de Manu Coemans

 

 République de la malbouffe de Xavier Denamur

 

Le Monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin

 Je pourrais encore citer La Belle Verte de Coline Serreau, Le Cauchemar de Darwin d'Hubert Sauper

 

Bénédicte

Salbris, Loir et Cher, le 10 Mars 2012

 

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15 novembre 2012

L'utopie du bio...Vraiment?

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Un article paru dans le Nouvel Observateur du 1er Novembre dernier m'a mise de bien méchante humeur. Entre tristesse et colère devant tant d'idées fausses, mal exposées sur ce sujet qui me tient tant à coeur, j'ai pris ma plume pour écrire à l'auteur du papier, Monsieur Fabien Gruhier, journaliste "Notre époque" au dit magazine.

Vous trouverez le texte de l'article du Nouvel Observateur ici

Voici la lettre:

Bruxelles, le 12 novembre 2012

Cher Monsieur Gruhier,
Permettez-moi de vous envoyer quelques mots à propos de votre article « L’utopie du bio » paru dans le Nouvel Obs du 1er novembre dernier. Sa lecture m’a à la fois mise en colère et attristée tant par son contenu, son angle de vue, son argumentaire que par l’impact néfaste qu’il peut avoir sur le public.
Alors que ce même Nouvel Obs se faisait il y a quelques semaines le défenseur de Gilles Séralini et de l’étude sur les OGM, voilà qu’aujourd’hui, on peut lire dans vos colonnes des choses sur le/la bio – on s’en fiche un peu non ? – qu’on ne peut pas laisser écrire sans réaction ni quelques mises au point.

Pour votre information, formée dans une grande école de commerce à Bruxelles, j’ai un parcours de consultance et de gestion de projets en grandes entreprises doublée de 7 années au sein de l’Union Européenne en promotion de l’environnement dans l’industrie. Et aujourd’hui, après une formation en agriculture biologique à la Ferme Sainte-Marthe, jeune maraichère en devenir avec un respect pour la nature et le sol chevillé au corps.

Je ne connais pas votre niveau de maîtrise et d’intérêt sur le sujet, ni même votre motivation à écrire sur le bio. Cependant, outre la condescendance dont vous faites preuve en qualifiant l’agriculture bio – je cite - de « sympathique concept » alors que c’est le modèle qui a prévalu pendant des siècles (sans qu’il soit nécessairement qualifié comme tel), votre article est truffé d’éléments réducteurs et entretenant des fausses informations au sujet d’une agriculture qui n’a d’autre objectif que de respecter le vivant.
Laissez-moi reprendre quelques points de votre article

- « ….Réputée meilleure pour la santé (sauf celle de notre portefeuille)… » :

Elevons un peu le débat.
Savez-vous que le kilo de tomates issu de l’agriculture conventionnelle que vous paierez 1€ au supermarché, vous l’avez en fait payé 2, voire 3 € ? Pourquoi ? Parce que ce producteur de tomates tire ses revenus à plus de 80% des subsides qu’il reçoit de la Politique Agricole Commune (PAC). Et à votre avis, d’où vient cet argent ?
Pour rappel, le budget de la PAC (56 milliards d’€) est le plus gros budget de l’Europe – 40% du budget total - et la France en est bénéficiaire net avec un montant de subsides agricoles de plus de 11 milliards d’€ en 2008. Et quand je dis la France, ce sont à plus de 80% les agriculteurs conventionnels qui reçoivent cet argent, pas les agriculteurs bios.
L’agriculteur bio facturera le kilo de tomates à 3€ parce que c’est le juste prix…du maraîchage éthique en quelque sorte.
Ce qu’on ne veut pas prendre dans la poche du consommateur, on le prend dans la poche du contribuable. Mais ça, qui le dit ? Qui le sait ?
Dans le même esprit, l’agriculteur conventionnel aura beaucoup plus consommé d’intrants, d’énergie, de pesticides et donc davantage pollué que le producteur bio. Ce sont les fameuses externalités qui n’apparaissent bien souvent nulle part, ou en tout cas pas directement. Les nappes phréatiques sont tellement polluées dans certaines régions de France de par les rejets agricoles que les centrales de traitement des eaux polluées sont de plus en plus chères à construire et à faire fonctionner. Et ici, également, qui paie ce coût supplémentaire ? Regardez votre facture d’eau.

« …Sans compter que […] on ne peut jamais être sûr d’acheter bio comme le montre périodiquement la découverte de réseaux frauduleux.. ».

Est-ce un argument intelligent et défendable que, parce qu’il y de la fraude, on doit discréditer et mettre en doute l’ensemble d’un
secteur, d’une profession ? Vous ne pensez pas qu’il y ait des voyous partout, des fraudeurs, des profiteurs, dans le bio comme ailleurs. Là où les sceptiques et les esprits chagrin demandent, que dis-je, exigent presque, à celui-ci d’être irréprochable alors que les mêmes tolèrent tant de manquements à l’agriculture conventionnelle ? L’argument est facile et digne du café du commerce.
Qu’il est facile de voir la paille dans l’oeil du voisin et ne pas voir la poutre dans le sien !

« Dans son livre Bio, fausses promesses et vrai marketing, Gil Rivière-Wekstein… » 

Savez-vous qui est ce Monsieur si ce n’est une sorte de propagandiste et de négationniste- bio-sceptique pour être politiquement correct - patenté des dégâts causés par l’agriculture industrielle, l’agroalimentaire et l’industrie phytosanitaire ? Le Round-Up est un produit miracle, les OGM et l’agriculture intensive industrielle vont régler les problèmes de la faim dans le monde, non les abeilles n’ont pas disparues,etc, etc… Allez-voir le site http://www.agriculture-environnement.fr/ ou encore http://alerteenvironnement.
fr et vous comprendrez mieux.
Maintenant, comme l’objectif de votre article était sans doute de mettre en lumière les doutes qui peuvent planer sur le bien-fondé de l’agriculture bio, il était normal d’y faire référence.
Je pense néanmoins que votre papier aurait gagné en crédibilité et en sympathie vis-à-vis de votre lectorat si vous aviez fait référence à des gens comme Pierre Rabhi, Claude Bourguignon, Philippe Desbrosses ou encore Edgar Morin pour n’en citer que quelques-uns…Dommage.

« ..De toute façon, ses rendements, comparés à ceux de l’agriculture conventionnelle, sont au mieux moitié moindres... ».

Mais bon sang, d’où tenez-vous ces chiffres ? Et sur quelles bases faites-vous de telles affirmations ? Le rendement par agriculteur est peut-être plus important parce qu’aujourd’hui, avec la monoculture comme norme, une exploitation de 300 ha de blé peut être gérée par un seul agriculteur qui répétera les mêmes tâches à longueur d’année. Quid des autres cultures ?
Il devient dépendant pour tout le reste – et vous aussi.
L’agriculteur conventionnel consomme aujourd’hui au bas mot 8 calories fossiles – beaucoup plus pour le hors-sol - pour produire une unité de calorie agricole. Vous trouvez ça un modèle rentable et soutenable en ces temps de rareté et de cherté énergétique ? Supprimez les subsides de la PAC et le modèle s’écroule.
Les agricultures traditionnelles, locales, en Afrique, en Asie, en Amérique Latine sont bien plus rentables à l’hectare parce que les techniques développées permettent des mélanges de cultures sur la même terre, parce que ces agricultures combinent élevage, sylviculture et agriculture.
Elle nécessite plus de main d’oeuvre, plus de savoir, plus de techniques mais elle permet aux gens d’être autonomes et de produire pour faire vivre leur famille et souvent voire plus. Ceci, tout en respectant l’environnement et les lois de la nature.
L’agriculture bio est beaucoup plus technique qu’on ne croit et a de multiples facettes. Elle nécessite une maitrise des savoirs bien plus vastes que l’agriculteur conventionnel perché sur son Massey toute la journée à sulfater un champ désespérant morne.
Seulement voilà, imagine-t-on aujourd’hui qu’un agriculteur soit quelqu’un de savant ? Il faudrait effacer des dizaines d’années de dévalorisation systématique d’un métier qui a été délibérément organisée par les politiques au lendemain de la guerre pour développer l’industrie et vider les campagnes.
A titre de réflexion, il reste aujourd’hui moins de 600.000 agriculteurs (contre près de 4 millions en 1950). Il y a aujourd’hui plus de 3 millions de chômeurs en France…Quel homme politique aura aujourd’hui le courage de proposer une véritable relocalisation de l’agriculture, une sorte de new deal agricole pour mettre en place un modèle soutenable d’un point de vue économique, social et
environnemental ? Ce modèle existe. Un rapport commandé en 2005 par le Ministère de l’écologie et du développement durable le démontre mais personne n’en parle. Trop explosif…

« …Il lui faudrait donc au bas mot, deux fois plus de surface pour réussir à nous nourrir, alors que la France importe déjà un tiers de ses denrées bio. Cherchez l’erreur… ».
Cherchez les erreurs vous voulez dire…car votre affirmation en est truffée.
Concernant la relation surface/nourriture produite, le modèle agricole moderne est bien entendu reconnu pour avoir des rendements extraordinaires par hectare mais à quel prix ? A-t-il pour autant réussi à avoir donné à manger à tout le monde sur notre planète qui, je vous les rappelle, compte aujourd’hui pas moins d’un milliard de gens qui ne mangent pas à leur faim et un autre milliard qui souffre de carences diverses dues à une alimentation insuffisante ? La réponse est dans la question.
Et je ne parle même pas de la destruction des sols, de la perte de biodiversité, etc…
Et c’est là que se trouve le paradoxe de la faim : des pays d’Afrique comme le Zimbabwe, l’Ethiopie, le Sénégal avaient des agricultures locales très performantes parce qu’adaptées à leur climat, à leur sol et à leurs traditions, voire même aussi à leur estomac. Aujourd’hui, ces gens se sont vus dépossédés de leurs terres pour cultiver des denrées alimentaires destinées à l’exportation à des prix fixés par les marchés mondiaux et ils se sont retrouvés sans suffisamment de ressources pour se
nourrir et vivre décemment. Sans compter que leurs terres leur ont été souvent volées pour cultiver des matières premières destinées aux agro-carburants. Pétrole contre nourriture…
Revenons à la France. Plus de la moitié de la surface agricole utile n’est pas cultivée en France alors que pas moins de 15.000 camions passent tous les jours la frontière à Perpignan remplis de fruits et légumes venant du Maroc, d’Espagne, du Portugal…Là, je dis, oui : cherchez l’erreur.
Il ne faut pas se tromper de débat.

« …La plupart des phosphates naturels autorisés en AB sont riches en cadmium, ce qui n’est pas la
cas des phosphates purifiés de l’agriculture conventionnelle.. ».

Vous savez à quoi me fait penser cette allégation ? Aux paquets de bonbons qui affirment haut et fort que ceux-ci ne contiennent pas de matières grasses mais qui se gardent bien de dire qu’ils contiennent la liste quasi exhaustive de tous les édulcorants, colorants de synthèse et autres exhausteurs de goût. Cela s’appelle de la mauvaise foi ou encore du mensonge par omission. Très connu comme tactique mais de moins en moins efficace par ces temps de prise de conscience de la société civile.
Je vous rappelle aussi que l’agriculture conventionnelle française utilise chaque année près de 80.000 Tonnes de produits phytosanitaires : fongicides, engrais, herbicides, insecticides..

Je m’arrête là. Je passe sur vos références aux cristaux, forces astrales et pétainisme parce que là, j’ai comme l’impression qu’il vous manquait quelques signes pour satisfaire votre rédacteur en chef.

Quant aux dérives du bio en bio business ou bio industriel provoquées par le lobbying de l’agro alimentaire auprès des institutions européennes, alors là, je dis oui, bravo. Seulement, vous n’en parlez que sur trois lignes. Et là aussi, il ne faut pas se tromper de cible : ce n’est pas le bio qu’il faut pointer du doigt mais les pratiques de l’agroalimentaire et de la grande distribution qui depuis des
décennies n’ont de cesse de flouer – je reste polie - outre le législateur, et leurs fournisseurs et les consommateurs.

Monsieur Gruhier, je lis le Nouvel Obs depuis que j’ai 18 ans – j’en ai 30 de plus aujourd’hui – et c’est un article sur l’agriculture biologique dans votre journal paru il y a près de 10 ans qui m’a donné l’envie à l’époque de changer de carrière.

Plutôt que de partager vos doutes et votre scepticisme, vous aviez deux options :
- Evoquer le pillage et l’appropriation à des coûts ridicules – 0,90€ l’hectare - des terres en Afrique, en Amérique Latine par des fonds d’investissement à des fins de spéculation,l’appropriation du vivant par les semenciers – Cargill, Syngenta et autres – au détriment des paysans ou encore les partenariats douteux Monsanto/Fondation Bill Gates pour diffuser les OGM en Afrique sont de sujets qui auraient davantage mérité un écho dans vos colonnes.

- Ou alors parler de la forêt qui pousse…vous savez, ces milliers d’initiatives individuelles, locales qui fleurissent partout dans le monde comme autant d’oasis de survie, de souhait d’un autre monde.

Je reste à votre disposition si vous souhaitez prolonger le débat.
Bien à vous.
Bénédicte Delloye

Vous trouverez également la réaction de l'association Générations Futures ici

 

 

 

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27 août 2012

Tomates, mare naturelle et réflexions estivales

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Déjà la fin du mois d’août et les prémices de la rentrée !

Bénédicte à la campagne revient en cette fin d’été…entre quelques jours de boulot à Bruxelles et plusieurs escapades dans notre Périgord de cœur.

Beaucoup de choses que j’ai envie de partager avec vous en lien avec les ‘ateliers ‘ que nous avons lancés dans notre ferme, comme autant de mises en pratique des enseignements de Sainte-Marthe.

Les lectures aussi, toujours riches en été : the New Ecologist, les converations avec Pierre Rabhi "Il ne suffit pas de manger bio pour sauver le monde", livre numérique lu sur Rue89 (je reviendrai sur le titre quelque peu 'racoleur' et qui ne reflète pas la richesse de ce livre), le journal de la Décroissance (ou les casseurs de pub), un article édifiant et terrifiant dans le dernier GEO sur la ruée vers les investissements en terres agricoles! J’y reviendrai dans un prochain article.

L’été, c’est également du temps disponible pour penser aux nouveaux projets.

Une question me revient quotidiennement depuis la fin de la formation à Sainte-Marthe : comment transformer l’essai, comment concrétiser les envies et l’énergie procurée par ces trois mois ?

La routine bruxelloise me paraît si dérisoire et vaine alors qu’il y a tant de choses à faire. Les initiatives, les idées, les projets autour de la bio se multiplient partout autour de moi, à Bruxelles comme ailleurs.  Le moment approche de prendre des contacts, de clarifier ses idées et de se lancer.

Commençons par les activités aoûtiennes au jardin et dans le potager

Trois mises en pratique de précieux enseignements du stage à Sainte-Marthe contribuent déjà à une satisfaction non négligeable :

  • Les premières tomates – Rose de Berne et Cocktail Clémentine - de la Ferme Sainte Marthe bien sûr, plantées de mes blanches mains et dans les règles de l’art ont fait des merveilles ! En quelques étapes : grelinette (ou fourche Guérilu de chez Cecotec : www.cecotec.be) pour préparer le terrain (qui avait été jadis un potager mais non cultivé depuis plus de 5 ans) ; compost et terreau au moment de la plantation mi-mai et unique arrosage; paillage et 4 traitements au purin d’orties fait maison entre mai et août et depuis, plus un seul arrosage malgré le temps caniculaire et sec de ces dernières semaines.

        Mi-août, déjà plus de 3 kilos récoltés au départ de seulement 4 plants et il doit encore en rester l’équivalent…

Rose de Berne Juillet 2012

Cocktail Clémentine Juillet 2012

Première récolte

  • Nous avons creusé une mare naturelle d’environ 20m². Merci Jean-Yves et Hervé pour les idées et les conseils durant la formation et pour m’avoir donné l’envie de passer à sa réalisation.

Pelles, brouette, géotextile et liner, on a tout prévu, même l’huile de bras.  Après la mise en eau au départ de notre puits, nous y avons ajouté nénuphar, iris jaune, acore odorant et scirpe des marais…et puis quelques grenouilles pêchées par les enfants dans une mare voisine.  Après une dizaine de jours, la vie commence déjà à se développer.

La Mare - Part 1

 Pas une goutte de pluie n’est malheureusement tombée depuis (ou à peine) et des températures de plus de 30° depuis plus de 2 semaines ont déjà fait baisser le niveau de quelques centimètres.

Il n’empêche : la paix qui se dégage des abords de la mare, le reflet du ciel et des arbres nous réjouissent et cet élément nouveau est venu apporter une diversité et renforcer l’équilibre du paysage.

 

La Mare - Part 2

Pendant la réalisation du projet, nous avons suivi également les précieux conseils du livre « Je construis ma mare naturelle » publié aux Editions Terre Vivante. Très complet, structuré, accessible et bien illustré.

  • Et enfin, la technique du carton-paille pour démarrer le potager le printemps prochain ! Je suis parvenue à rassembler 80m² de vieux cartons pour recouvrir l’herbe pendant quelques semaines. Rendez-vous fin septembre pour greliner et semer un engrais vert avant de cultiver dès le printemps prochain.

           Le terrain           On pose les cartons

Et puis fin Août, ce sont les 21émes entretiens de Sologne  (anciennement Entretiens de Millançay) sur le thème de l’Autonomie avec Philippe Desbrosses, Edgar Morin, Pierre Rabhi, Jean-Marie Pelt et tant d’autres.

Une merveilleuse occasion de retrouver l’esprit « Sainte-Marthe » et j’espère, un maximum d’anciens stagiaires.

A bientôt.

Bénédicte

Bruxelles, le 27 août 2012