Photo 420La « Bio » : c’est comme ça qu’on dit par ici pour parler de l’agriculture biologique.

LE sujet de la formation que l’on aborde sous divers angles : pratiques culturales, mouvement sociologique, domaines d’applications, aspects scientifiques, etc…

Il y a donc plusieurs façons d’expliquer ce que c’est que la « bio ».

Avant de venir à Sainte-Marthe, et depuis de nombreuses années, j’avais déjà beaucoup lu, vu et entendu de choses sur l’agriculture biologique. Du trait de génie jusqu’à la plus grande ânerie sur le sujet.

Je ne souhaite pas ici polémiquer sur les avis extrêmes, les lectures et les interprétations des uns et des autres. Cependant, j’aimerais lancer quelques pistes de réflexion.

Je constate qu’il y a souvent une méconnaissance du sujet, des idées toutes faites, la plupart du temps en vue de la critiquer, de la comparer à une mode. Quelques exemples :

  • il y a des OGM, voire des engrais et des pesticides dans la bio : Pas dans le conventionnel ? L’agriculteur bio n’a pratiquement que la prévention pour traiter les maladies et autres ravageurs qui pourraient détruire ses cultures. La liste de produits autorisés est extrêmement réduite et si d’aventure, un contrôle devait révéler une enfreinte, on ne tarderait pas à déclasser cet agriculteur et à crier haro sur le baudet.

  • les produits bios sont chers : l’immense majorité des produits issus de l’agriculture industrielle sont subsidiés par la PAC (Politique Agricole Commune. Le consommateur ne paie donc pas le prix « juste » ; en fait, il croit qu’il paie moins cher mais une partie de ses impôts finance la PAC, le plus gros budget de l’Europe. Et ici, je ne parle que du prix « économique » du produit sans y inclure le coût environnemental et social des pratiques agricoles industrielles. C’est un sujet à part entière. J’y reviendrai.

  • l’agriculture biologique ne nourrira jamais les 9 milliards d’individus que comptera notre planète en 2050 : l’agriculture intensive, industrielle et conventionnelle, en détruisant les agricultures locales en vue d’augmenter encore et toujours ses rendements et en uniformisant partout sur la planète les cultures à quelques variétés, maintient près de 2 milliards d’êtres humains en situation, soit de véritable famine, soit de malnutrition…Et qui plus est, ces pratiques ont engendré un nombre sans précédent d’obèses et de maladies liées à la malbouffe. A méditer...

Je reviendrai dans un prochain article à la nécessité absolue de relocaliser les agricultures partout dans le monde pour redonner une souveraineté alimentaire à tous les pays.

Mais revenons à ce que c’est que la « Bio ».

Commençons par la définition officielle que l’on retrouve partout et qui est davantage une définition par la négative : une agriculture qui n’utilise pas des intrants chimiques de synthèse. Tout le monde comprendra ce que cela signifie.

Ensuite, d’un point de vue étymologique, le terme « biologique » se décompose en « bio » pour vie et « logos » pour parole, raison : il s’agit donc de la culture de la terre selon la parole, la raison de la vie. On parle d’ailleurs parfois d’agriculture « raisonnée ». L’agriculteur bio serait donc plus à l’écoute de la vie du sol.

C’est principalement ce qui différencie l’agriculteur conventionnel du biologique : son rapport au sol.

L’agriculteur bio nourrit le sol tandis que l’agriculteur conventionnel nourrit la plante.

Il la nourrit parce que le sol sur lequel elle tente de pousser est tout simplement mort. Mort de par plus de 50 années de labour, de machinisme agricole intense et destructeur de la vie du sol. Je m’explique.

Retourner le sol année après année détruit les milliards de micro-organismes qui en assurent la vie, les échanges avec l’air, la circulation de l’eau, la digestion des matières organiques. Ces micro-organismes vivent dans les couches superficielles du sol et ont besoin d’oxygène pour être opérationnels. Ils sont dits « aérobies ».Le labour les enfouit dans les couches inférieures et fait remonter les organismes qui sont plus en profondeur et qui eux, n’ont pas besoin d’oxygène pour fonctionner (les « anaérobies »). Le sol est déstructuré et meurt petit à petit. C’est comme si on vidait la mer des poissons pour les mettre sur terre et qu’on immergeait les mammifères terrestres. Vous imaginez le résultat.

Un sol mort est compact, lisse et dur et peut pas nourrir une plante. On est donc obligé de mettre les plantes sous perfusion pour qu’elles poussent : engrais, pesticides et autres techniques de manipulation génétique pour qu’elles résistent aux maladies, insectes, conditions climatiques, etc..

L’agriculteur bio, lui, va (beaucoup, énormémement...) s’occuper du sol sur 15 cm tout au plus en l’aérant, en s’assurant d’un équilibre humidité-air-lumière en fonction du climat, de la nature du sol, de ce qu’il veut faire pousser. Cela confortera la vie du sol pour que la plante, toute seule, aille puiser ce dont elle a besoin, tout simplement parce tous les éléments nutritifs seront là, à sa disposition.

L’homme nourrit le sol qui nourrit la plante qui nourrit l’homme….

Bel exemple d’équilibre et de respect...

 

Bénédicte

Salbris, Loir et Cher, le 1er Avril 2012