Photo 070Un petit film déniché sur YouTube il y a quelques jours à propos du sol a fait mon bonheur. Il s’agit d’une intervention de Claude Bourguignon à l’Assemblée Nationale en 2010. Il y parle avec la gouaille qu’on lui connaît, du caractère absolument unique du sol, de sa richesse et aussi de sa fragilité. Il explique d’une façon exemplaire comment le modèle agricole intensif a détruit – et continue à détruire – des milliards d’hectares de terre depuis des milliers d’années.

J’ai déjà abordé ces sujets dans l’article sur la bio mais j’y reviens encore pour vous montrer à quel point on sait, on en parle, c’est diffusé sur le net, sur les télés et pourtant, encore beaucoup de monde, y compris les agriculteurs, persistent dans ce modèle non durable et destructeur et ont peur de changer pour aller vers la bio. La peur, le doute, le scepticisme n'ont jamais fait avancé le monde.

En même temps que ce film, il y a eu « la Mort est dans le pré » sur France 2 la semaine dernière, disponible également sur YouTube, et qui, au travers de témoignages éprouvants, décrit le piège des pesticides et des engrais dans lequel sont tombés des milliers d’agriculteurs; Ils sont malades, meurent de plus en plus jeunes de cancers et comble de l'ironie, c’est à eux qu’incombent la charge de prouver que les produits vendus par Monsanto et autre Bayer sont toxiques. On marche sur la tête…

Au lendemain du premier tour des présidentielles, où quand même plus de 6 millions de Français ont voté pour une femme qui dit haut et fort : « Le bio est une dictature, avec des gros sous enrobés dans des bons sentiments » (extrait du Terraeco de Mars 2012), où la totalité des candidats - mise à part Eva Joly- ont absolument ignoré les enjeux écologiques fondamentaux qui se présenteront demain, on se dit que la route est longue et on se sent parfois bien seul.

Je reviens sur le sol et Claude Bourguignon. Pourquoi tant d’importance accordée à ce sol que nous foulons chaque jour et qui nous semble invisible ?

Son exposé, exemplaire dans sa concision (15 min) et la puissance de son contenu nous explique ce qu’est le sol, son fonctionnement et son organisation, sa capacité à faire du complexe au départ de ‘rien’ (je schématise) alors que nous, les hommes, nous passons notre temps à faire du désordre et à créer de l’entropie avec de l’énergie. A méditer...

L’importance du sol et de son rôle central dans l’agriculture biologique sont pour moi un des enseignements majeurs de la formation à Sainte Marthe. La plupart des formateurs nous en ont parlé, toujours avec passion et sous des angles divers : sa genèse et sa variété, son entretien, son rôle essentiel dans la croissance et le bien-être des plantes, les micro-organismes qui y vivent et ce qu’ils y font, l’impact néfaste des produits phytosanitaires et des techniques culturales inappropriées.

La vidéo de Bourguignon est extraordinaire par son approche synthétique et imagée, comme un mélange de cours de science et de philosophie.

J’aimerais ici en extraire juste quelques points et les laisser à votre appréciation et à votre réflexion:

  • 80% de la biomasse – à savoir l’ensemble des organismes vivants du monde - se trouve dans le sol. Un exemple : le poids total des vers de terre présents dans le sol représente la somme du poids total de tous les autres animaux. Ces mêmes vers de terre remontent 2 tonnes de terre – et donc d’éléments nutritifs -  par Ha chaque jour pour éviter le lessivage du sol. A noter qu’en moins de 50 ans, on est passé de 2 Tonnes de vers de terre à l’hectare à moins de 100 kg depuis qu’on utilise engrais et pesticides à tour de bras. Le jour où il n’y aura plus, il n’y aura plus de vie dans le sol. Point.
  • Imaginez aussi que l’agriculture ancienne, avant l’introduction des produits chimiques de synthèse -  était la seule industrie capable de rendre plus que ce qu’on lui avait donné : tu sèmes un grain de blé, tu en récoltes 100 ! Quand on sait qu'aujourd'hui, avec l'agriculture "moderne hors sol", il faut 36 calories fossiles, dans le cas de l’agriculture hors sol conventionnelle, pour produire 1 calorie agricole, on mesure le progrès parcouru.
  • Depuis que l’homme, il y 6.000 ans, a commencé à cultiver le sol, il a détruit et dégradé 2 milliards d’hectares agricoles – et donc créé des déserts (l’homme est le seul capable sur cette planète à créer des déserts) dont un milliard rien qu’au XXème siècle !
  • Nous détruisons 10 millions d’Ha par an et nous en bétonnons 5. Savez-vous que l’équivalent d’un département français disparaît tous les 7 ans par l’urbanisation ? Un proverbe indien dit : « Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière asséchée, le dernier poisson pêché, l'homme s'apercevra que l'argent n'est pas comestible ».

Claude Bourguignon termine en disant ceci : « Les Etats ont abandonné leur rôle de nourrir la population et ont confié le développement de l’agriculture à l’industrie agro-alimentaire qui en simplifiant outrageusement le modèle agricole l’ont fait revenir au Néolithique… ». Je vous laisse découvrir la suite sur la vidéo.

Ah oui, j’oubliais de vous donner la réponse à la question : les Anciens, dans leur sagesse, ont nommé notre planète la ‘Terre ‘ en hommage au sol et à son extrême richesse, source majeure de vie. Ils auraient pu l’appeler ‘Océan’ (70% de la surface de la planète) ou encore ‘Atmosphère’ (70 km d’épaisseur). Non, c’est à cette couche de seulement 50cm d’épaisseur en moyenne et uniquement présente sur notre planète qu’elle lui doit son nom.

 

PS : pour aller plus loin, je vous recommande aussi vivement le bouquin de Claude et Lydia Bourguignon, aux Editions Sang de la Terre « Le sol, la terre et les champs ».

 

Bénédicte

Salbris, Loir et Cher, le 24 Avril 2012