Non sans conséquences sur le maraichage...

Il paraît que plus de 80% des conversations aujourd’hui tournent autour du temps maussade de ce mois de Mai 2013…Je ne vais pas déroger à ce constat d’autant plus que, quand on démarre une activité de maraichage, on a un œil constamment rivé sur le thermomètre, un autre sur le ciel et on surveille ses semis et ses jeunes plants comme le lait sur le feu…

Commençons par l’état du sol: il est froid, détrempé, collant avec de bonnes semelles de labour…Seules les mauvaises herbes poussent plus qu’il ne faudrait et les limaces sont à la fête. Aucun légume n’aurait vraiment envie de pousser dans de telles conditions et je les comprends.

Ensuite, la production elle-même. Les plants sont à la peine et finissent par se demander si leur cycle n’est pas sur le point de se terminer. Résultat : ils montent en graines avant même d’avoir donné de beaux légumes.

On zappe donc la case « production ». Pourquoi ?

En résumé, toutes les plantes potagères ont une horloge interne. La graine germe, le plant pousse, se développe, produit des légumes, des fruits. Elle se reproduit et meurt selon un cycle qui lui est propre et en fonction de conditions de température, d’ensoleillement, d’hygrométrie. Là, comme il fait froid, humide et sombre depuis de trop nombreux jours, elles pensent qu’on est en fin de saison et se reproduisent avant « l’hiver » en fleurissant pour donner des graines. C’est ce qu’on appelle la montaison précoce. Les légumes, ou en tout cas ce qui aura déjà commencé à pousser, deviennent impropres à la consommation.

RIP les tomates…

Nous sommes le 24 mai…et des gelées blanches ont eu raison d’environ 80% des plants de tomates, soit 120 plants sur 150.

Transplantés après les saints de glace comme recommandé par les anciens, les bouquins, les gens du métier depuis des siècles, ils ont été soumis à plus de 45 mm de pluie en 8 jours, des températures ne dépassant pas 15°C en journée – plutôt 10/11°C en moyenne - et un vent d’ouest parfois bien soutenu. Les gelées blanches de cette nuit ont fini de compléter ce régime hostile à tout début de croissance favorable et tout espoir d’une fructification normale.  

Ci-dessous, avant, un plant fraîchement planté au sortir de la serre…et après 10 jours de ce temps pourri, ce matin..Sans commentaire...

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Au vu des prévisions, les 20% restants risquent eux aussi d’y passer..sans parler des plants de concombres, de courgettes, de potirons qui attendent dans la serre et qui commencent à se sentir bien à l'étroit.

Sinon, juste pour vous faire une idée, voilà à quoi ressemblait le jardin il y a deux jours. Brumeux, diffus sous une humidité omniprésente depuis des jours et des jours. Pas plus de 9°C.. 

Aujourd'hui, souffle un vent du Nord digne de la mer du même nom…

 

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Je vous rappelle que nous sommes fin Mai dans le Périgord, région au SUD-Ouest de la France..

Quelles leçons tirer de tout cela ?

J’ai lu il y a quelques jours dans un forum une ineptie du genre « avec ce froid, on voit bien que le réchauffement climatique est la plus grosse arnaque du siècle, que les écolos sont des menteurs, et combien d’emplois perdus et d’argent gaspillé, bla, bla, bla… ». Bref, je passe.

Il y a un « changement climatique » dans nos régions qu’on ne peut pas nier, que beaucoup d'entre nous je pense, perçoivent et ressentent et qui est vraisemblablement la conséquence du « réchauffement climatique » aux pôles. Même si l’on n’a pas encore assez de recul pour tirer des conclusions définitives, en observant, en écoutant les anciens, en se remémorant ses propres souvenirs, oui, les hivers depuis plusieurs années sont froids, longs et neigeux ; oui, les printemps,dans cette partie ouest de l’Europe, sont eux aussi plus froids et plus humides qu’avant .

Et peu importe l’origine du changement, anthropique ou naturel, il faudra, je pense, nous adapter.

Et surtout, avoir la sagesse d’accepter que la nature nous dicte ses règles.

D’un point de vue plus personnel, c’est évidemment décourageant...déjà beaucoup de temps, de soins apportés, d’heures de travail, d’espoirs réduits à quasi rien…et pour une première année, il faut avoir une sacrée dose d’optimisme et un bon moral pour ne pas baisser les bras...