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Repos.  La terre et la maraichère se reposent quelque temps après une première saison bien remplie. L’hiver en ville, pour quelques semaines, plus près de la rumeur du monde, de l’agitation, du bruit…

Vous l’aurez constaté, depuis le dernier billet, le temps m’a manqué pour alimenter le blog de nouvelles réflexions.  Je vais tenter de me rattraper quelque peu.

J’aime la vie à la campagne, l’espace, l’horizon lointain, la force et l’énergie que procure cet environnement. Elle me convient par son souffle, la liberté qu’elle inspire et la perception qu’on y a du temps qui passe.

Le projet de maraichage bio dans lequel nous nous sommes lancés est au carrefour d’un ensemble de motivations et d’envies.

Tout d’abord, celle de vivre mieux, différemment, plus simplement en se désaliénant de toutes ces choses que nous croyons être essentielles à notre bonheur et notre équilibre.

Il y a aussi la volonté de se replacer au cœur même de la nature, de se mettre à son rythme.

Après ces premiers mois, je réalise à quel point devenir paysan(ne) va bien au-delà  du travail de la terre et de la production de légumes.

Le travail est physique, certes – nul besoin de vous rappeler que la terre est basse – et en même temps, avoir les mains plongées dans la terre et le visage au vent libèrent la pensée et développent la créativité. Comme si l’attention apportée à la terre nous vidait l’esprit de pensées toxiques pour laisser place à une activité cérébrale constructive. Une sorte de méditation active.

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Bien sûr, notre démarche s’inscrit dans une réelle action de changement. Changement de soi pour changer le monde.

Pour partager notre projet et ses valeurs, nous avons créé une association « Aux Légumes Citoyens » dont le site, créé par Le Centre Créatif du Coin, est à la fois le support de l’activité de maraichage bio proprement dite et de la vente de légumes et aussi une fenêtre ouverte sur un monde qui change, une prise de conscience et la volonté de construire autre chose.

Je me permets ici de partager avec vous quelques extraits d’un papier paru dans "24800", un magazine publié par ce même Centre Créatif du Coin.

« Aux légumes citoyens fait penser immanquablement au slogan d’une époque où valeurs, idées et progrès ont donné naissance à une société différente. Mais ce ”Aux légumes citoyens” là, évoque à la fois, la force d’une revendication; la légèreté et l’humour nécessaires afin de prendre en main de nouvelles pratiques alimentaires. L’idée d’aborder la production en maraîchage bio n’est plus une idée en l’air. C’est une idée effective dans l’air du temps, dans les médias et dans les cartons des politiques qui commence à s’enraciner fortement dans les esprits et dans la manière de produire et de consommer différemment les produits que l’on mange au quotidien. Si à une époque pas si lointaine ces nouvelles pratiques de cultures respectueuses des sols et des saisons faisaient sourire, c’est une autre réalité qui se fait jour avec l’installation de plus en plus importante de ces nouveaux paysans dans le sens noble du terme. Il ne s’agit pas de reprendre une longue tradition d’agriculture ou d’élevage de père en fils mais bien d’une prise de conscience de nombreux citadins ou d’anciens agriculteurs convaincus de la nécessité de changer, ce qui va devenir vital pour notre planète, en changeant radicalement d’attitude et d’habitude de consommation. C’est de ce constat qu’est née la nouvelle aventure entreprise par Bénédicte soutenue par son mari Bernard. Bénédicte Delloye, originaire de Bruxelles après avoir été consultante de nombreuses années auprès d’importantes sociétés ou d’institutions sur les problèmes environnementaux a décidé de franchir le pas en se créant les conditions d’une nouvelle vie avec un enjeu majeur: mieux nourrir ses contemporains. A une échelle modeste certes pour ses débuts, elle n’a pas envisagé un seul instant ce retour à la nature et à la terre de façon cool en référence aux années 70. C’est par le biais d’une formation intensive à la ferme Ste Marthe en Sologne, de l’acquisition d’un bien immobilier et de quelques hectares que Bénédicte compte produire ces prochaines années un volume conséquent de légumes bio. Remettre au goût du jour des légumes anciens ou oubliés, planifier strictement ses plantations, le tout accompagné de pratiques anciennes mises au placard par la génération de paysans d’après-guerre formatés à la modernité de l’époque (cuisine formica+pesticides issus des stocks de l’armée américaine+gros tracteurs provenant des usines d’armement) ou par la mise en pratique de techniques inventées ou réinventées par les pionniers de l’agriculture bio (Pierre Rabhi, Philippe Desbrosses, Lydia et Claude Bourguignon, M. Antoniets en Ukraine...). Le pari est de taille, vivre de sa production et mieux faire vivre les autres. Voilà qui est un acte véritablement citoyen car ces légumes produits dans le respect d’un équilibre donnent tout son sens à la responsabilité que l’on a vis à vis des autres et de leur santé. Pour Bénédicte et tant d’autres la tâche est importante puisqu’elle détermine cette activité comme un véritable acte politique revendiqué et assumé ».

Acte politique revendiqué et assumé. Complètement, oui…

Bernard et moi sommes donc engagés dans une forme de résistance, pour mieux préparer l’avenir, pour échapper au mensonge permanent instillé par les médias, les politiques, les lobbys,  pour retrouver une autonomie et une liberté volées chaque jour un peu plus par la main mise des multinationales de l’agroalimentaire.

Je voudrais conclure ici ce billet par quelques mots de Philippe Desbrosses suite à l’annonce du retrait de l’étude du Professeur Séralini sur la toxicité des OGM :

« …Ce monde de la science, annexé par un pouvoir occulte, nous ramène aux heures noires  de l'obscurantisme moyenâgeux, qui martyrisait les peuples,  sous l'inquisition, pour une poignée de tyrans qui gouvernaient au nom de Dieu ! Le Dieu d'aujourd'hui est le $ et l'€. QUE FAIRE ?  Il faut semer les graines de la liberté sur toute la terre, chaque citoyen du monde doit s'ingénier à faire barrage à cette monstruosité, en semant partout les "graines interdites". Elles submergeront ce monde du mensonge, de la corruption et de la cupidité...

Que chacun se donne le rôle et les moyens qu'il peut engager, là où il se trouve.

 Il n'y a pas de chef, donc pas de cible à décapiter, nous sommes tous ensemble comme un seul être. Notre petite part de Colibri associée à toutes les autres dans un formidable élan de solidarité, constitue une force irrépressible… »

 

Note : Je vous invite à consulter le site de l’association à l’adresse : www.auxlegumescitoyens.com