Photos Béné 029

Je vous quitte à l’automne l’année dernière et vous retrouve en ce début de printemps.

Nous voilà d’attaque pour la saison 3 – comme House of Cards ! Je ne vous promets pas intrigues, manipulations ou trahisons…plutôt de belles récoltes, de l’inspiration, du partage et de bons produits !

À chaque fois que je reprends la « plume électronique », j’oscille entre l’envie de vous faire partager notre enthousiasme à avancer dans notre projet et la colère, voire même parfois l’effarement devant les défis de notre société et de son modèle usé jusqu’à la corde qui continue à bénéficier à quelques-uns au détriment de tous les autres.

Il y aura un peu des deux…on ne se refait pas. Alors commençons par le projet, la terre, les légumes, la vie à la campagne.

1er mars, début du printemps météorologique. Petit à petit, les graines vont sortir de leur dormance, le voile gris de l’hiver va se lever pour laisser place à ce frémissement vert tendre tant attendu.

La nature nous rappelle que tout est cycle, nait, vit et meurt pour recommencer l’année d’après.

Un début de saison, c’est beaucoup d’excitation, d’impatience, d’envies après l’hiver, de fouler à nouveau le sol, de reprendre contact avec sa terre.

Ce sont aussi les leçons des saisons passées, les améliorations – outils, aménagements, solutions ergonomiques pour ménager le dos, essais sur des nouvelles techniques de semis, autres choix dans les variétés de légumes. On observe l’espace en s’y intégrant et puis, l’intuition fait le reste.

Une nouvelle saison, c’est encore chaque fois de grandes incertitudes sur le climat, cette variable sur laquelle nous avons si peu de prise. Rien n’est acquis, écrit…un des charmes du métier.

En 2015, nous sommes plus que jamais engagés dans cette démarche, malgré les vents contraires, les esprits chagrins, les signes d’en haut si peu encourageants. Et Dieu sait si ses vents soufflent fort, si les politiques, forts de s’acoquiner avec des représentants de la  permaculture, de l’agroforesterie – ça fait chic, peu importe qu’ils comprennent ou non ces approches et leurs enjeux -  continuent à faire le jeu des poids lourds de l’agriculture industrielle qui ne vit, rappelons-le, que grâce aux subsides.

Retirez les subsides de la PAC à l’agriculture industrielle et elle s’écroule comme un château de cartes (c’est le lien avec House of Cards, pour ceux qui lisent avec attention …un peu d’humour pour ne pas trop désespérer…).

Le prix d’une alimentation bon marché, d’un secteur agro-industriel et agro-alimentaire tout puissants, c’est le maintien de l’activité agricole totalement sous perfusion. La mondialisation de l’agriculture décidée lors des accords de Bretton Woods a été l'une des plus grosses erreurs de l’après-guerre. Nous en payons le prix tous les jours, et encore pour très longtemps, en Europe, en Afrique, partout.

Tout ça, nous le savons et cela ne nous empêche pas de creuser encore notre sillon, de faire de la pédagogie auprès des citoyens, des voisins, dans les villages, sur les marchés, parce que les anciens, les mythes et les croyances sont tenaces dans les campagnes.. Et malgré tout, les gens vont quand même au supermarché acheter des légumes importés d’Argentine, de Chine ou d’Espagne. Le pot de terre contre le pot de fer.

Notre engagement concret trouve son énergie et sa force dans la soif de retrouver une liberté d’action et de choix, une forme d’humanisme dans les objectifs que nous poursuivons, un souhait de vivre simplement dans les limites de ce que nous pouvons faire. La juste mesure, question d'équilibre.

Sans changement de cap significatif, point de salut. Je crois qu’il est plus que temps de se poser les bonnes questions : dans quel monde souhaitons-nous vivre ? Voulons-nous vraiment poursuivre l’ « Ikeaïsation », l’ « Amazonisation »  de notre société ?  Et que pouvons-nous faire pour ne plus y contribuer ?

Pour nous, la réponse est claire depuis longtemps.

Au pays du surréalisme, Magritte aurait dit « ceci n’est pas une crise ».

Les grues reviennent, les camélias fleurissent, les premières pâquerettes éclosent.

En avant pour une nouvelle saison !